Zoom sur la dépression réactionnelle

Les troubles de l'humeur

La dépression est une maladie très répandue et le premier facteur d'incapacité sur le plan mondial, selon les données de l’OMS. Parfois, les événements de vie, comme un choc émotionnel ou un traumatisme, peuvent mettre notre psychisme à rude épreuve et déclencher une dépression que l’on appelle réactionnelle.

Qu’est-ce, exactement, que la dépression réactionnelle ? Quelles sont ses causes, ses symptômes et comment soigner ce type de dépression ? Le Dr Gadenne, psychiatre à la Clinique Villa des Roses à Lyon, un établissement privé de santé mentale du groupe INICEA, nous donne plus d’explications et ses conseils.

 


 

SOMMAIRE

 


Qu’est-ce que la dépression réactionnelle ?

La dépression réactionnelle est un type de dépression qui se déclare à la suite d’un événement stressant. Cette maladie peut être causée par un événement marquant tel qu’un deuil, la perte d’un proche, un accident, une agression, une séparation ou encore la perte de son travail. Toutefois, dans certains cas, l'élément déclencheur peut être plus mineur, voire inexistant.

Quels sont les symptômes d'une dépression réactionnelle ?

Les symptômes d’une dépression réactionnelle sont les mêmes que ceux d’une dépression dite « classique ». Parmi ces symptômes, on retrouve :

  • une tristesse ;
  • un sentiment de solitude ;
  • une tendance à la dévalorisation ;
  • une faible estime de soi ;
  • des idées noires, voire suicidaires ;
  • la perte du plaisir et de la motivation ;
  • de l’anxiété ;
  • une grande fatigue et un ralentissement général ;
  • des troubles du sommeil comme des réveils nocturnes ;
  • une modification de l'appétit : perte d’appétit, voire de l’anorexie ou contraire de l’hyperphagie et de boulimie ;
  • des problèmes d’ordre sexuel ;
  • des douleurs chroniques.

 

Pour les personnes qui souffrent de dépression, les petites choses du quotidien deviennent difficiles à réaliser. Selon la gravité de la maladie (il existe trois niveaux de dépression évalués en fonction de l’intensité des symptômes : léger, modéré, sévère), le malade pourra se retrouver dans des états graves où il ne prend plus soin de lui et se laisse totalement aller.

Ainsi, l’entourage de la personne malade pourra entendre des phrases comme : « Je n’ai plus goût à la vie », « Je n’y arrive plus », « Je n’ai plus confiance en moi », « Je n’ose plus faire les choses », « Faire quoi que ce soit me fatigue ».

 

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Les dimensions dépressives
Pr Florian Ferreri, membre du comité scientifique INICEA


 

Quelles sont les causes de la dépression réactionnelle ?

Le terme de dépression réactionnelle est utilisé pour expliquer le fait que l’on est capable de repérer un facteur de vie déclenchant. Nous pouvons tous, à un moment ou un autre de notre vie, être confrontés à un événement traumatisant. Pour autant, deux personnes ayant vécu le même événement peuvent réagir totalement différemment et en être plus ou moins affectées. C’est pourquoi le Dr Gadenne souligne qu’« un grand nombre d’autres paramètres entrent en ligne de compte dans le déclenchement de cette maladie ».

Aujourd’hui, les médecins psychiatres parlent plutôt d’approche biopsychosociale, qui prend en compte un ensemble de facteurs psychologiques, sociaux et biologiques pour définir la maladie. Ainsi, dans les causes de la dépression réactionnelle, on retrouve généralement une combinaison de plusieurs de ces aspects chez le patient :

  • L’aspect biologique, qui serait lié à une vulnérabilité génétique ou héréditaire. D’ailleurs pour les personnes chez qui il y a des antécédents familiaux de dépression, une vigilance un peu plus importante est nécessaire, car il existe déjà une vulnérabilité de base.
  • L’aspect psychologique, lié à son histoire personnelle, à la construction de la personnalité du patient et à l’estime qu’il a de lui-même. A-t-il reçu suffisamment d’attention et d’amour lorsqu’il était enfant ? A-t-il été exposé à des facteurs de stress précoce ? A-t-il vécu des situations d’abandon ?
  • L’aspect social, qui correspond à l’environnement social immédiat dans lequel évolue l’individu. Est-ce qu’il est bien installé professionnellement ? Est-ce qu’il travaille dans un environnement bienveillant ? Est-ce que son entourage familial et amical est suffisamment protecteur ?

C’est dans ce contexte global qu’un événement de vie peut déclencher une dépression réactionnelle. Si toutes ces dimensions sont suffisamment solides, alors l’individu pourra échapper à une dépression après un événement stressant important. À contrario, si l’individu présente de nombreuses fragilités, il suffira parfois d’un choc moindre pour engendrer les symptômes d’une dépression. Il s'agit d'une « balance » entre les ressources que possède une personne et ses facteurs de vulnérabilité, qui permettra, ou non, de faire face à des évènements stressants.

 

Quels sont les critères de diagnostic et les diagnostics différentiels associés à ce type de dépression ?

Le diagnostic de la dépression réactionnelle

Le Dr Gadenne explique que pour poser le diagnostic d’une dépression réactionnelle, il faut qu’il y ait « une rupture avec l’état antérieur dans la vie du patient. Il doit y avoir un réel changement dans son fonctionnement qui impacte sa qualité de vie, et ces symptômes doivent perdurer au minimum pendant 14 jours. »

Ainsi, « ce qui différencie une déprime passagère de cette maladie qu’est la dépression réactionnelle, c’est vraiment l’intensité, l’association et la durée prolongée de plusieurs symptômes apparus suite à un événement de vie marquant ». C’est ce qui permet aux professionnels de santé de poser le diagnostic.

Selon les individus et leur capacité émotionnelle à gérer les informations, le délai dans lequel se déclare la dépression réactionnelle peut être plus ou moins long, mais ne s’étend généralement pas au-delà de plusieurs semaines ou de quelques mois. Il existe une différence entre la tristesse ressentie à la suite d’un événement négatif et le déclenchement d’une dépression réactionnelle, qui se caractérise par la durée de la symptomatologie et le retentissement fonctionnel de cet événement négatif. En effet, la tristesse est nécessaire à l’acceptation de la situation. Mais si son intensité est inadaptée, alors on pourra parler de dépression réactionnelle.

Pour poser le diagnostic clinique, les psychiatres peuvent s’aider des critères de dépression du DSM5, un ouvrage de référence mondial qui permet ainsi d’établir des diagnostics selon des critères clairement définis. En pratique, ces critères sont principalement utilisés pour la recherche ou pour le recensement de l’activité d’un établissement de santé.

 

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Les critères d’un épisode dépressif caractérisé du DSM 5, par Pr Florian Ferreri, membre du comité scientifique INICEA

La personne doit présenter moins 1 des 2 symptômes principaux :

  • une humeur dépressive ;
  • et/ ou perte d’intérêt ou de plaisir.

Ces symptômes principaux sont associés à au moins 3 des autres symptômes parmi les suivant :

  • perte ou gain de poids significatif
  • insomnie ou hypersomnie
  • agitation ou ralentissement psychomoteur
  • fatigue ou perte d’énergie
  • sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée
  • diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision
  • pensées de mort récurrentes, idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis

Ces symptômes : induisent une souffrance cliniquement significative et ne sont pas imputables aux effets physiologiques directs d'une substance ou d'une affection médicale générale.


 

Les diagnostics différentiels

Il faut savoir que d’autres maladies peuvent prendre la forme d’une dépression, c’est pourquoi les médecins psychiatres cherchent toujours s’il n’y aurait pas chez le patient une cause physique à tous ces symptômes. Cela peut-être par exemple :

  • des problèmes de thyroïde, qui sont très fréquents ;
  • du diabète ;
  • des maladies endocriniennes ou hormonales ;
  • une pathologie neurologique comme une tumeur au cerveau…

Ces maladies physiques provoquent des symptômes comparables à ceux d’une dépression. C’est pourquoi le rôle du médecin psychiatre, lorsqu’il reçoit un patient pour une première consultation et que celui-ci n’est pas connu pour avoir déjà eu un épisode psychiatrique, est de recueillir un maximum d'éléments cliniques à l'interrogatoire et de demander des examens complémentaires (bilan sanguin, imagerie cérébrale...) si besoin, afin d’éliminer toute cause organique.

 

Quelle prise en charge en cas de dépression réactionnelle ?

Il existe plusieurs types de prise en charge en cas de dépression réactionnelle. En fonction de chaque patient, de sa situation et de ses souhaits, le médecin psychiatre pourra lui proposer une ou plusieurs solutions.

La prise en charge médicamenteuse

Dans le cas d’une dépression réactionnelle d’intensité modérée à sévère, c'est-à- dire ayant un retentissement significatif, mettre en place un traitement à base d’antidépresseurs est recommandée et souvent très efficace. En effet, ces médicaments peuvent aider la personne à mieux vivre ses émotions, à gérer sa douleur avec moins d’intensité pour pouvoir en parler plus librement et s’en libérer par la suite.

Toutefois, il faut savoir que ces médicaments peuvent mettre plusieurs semaines avant de faire effet. C’est une des raisons pour lesquelles le traitement à base d’antidépresseurs doit obligatoirement être accompagné d’un suivi régulier par un médecin psychiatre.

Il est important de noter que la durée de prescription d’antidépresseurs est d'au minimum 6 mois. Par ailleurs, le patient ne doit pas interrompre son traitement sans avis médical, afin de prévenir le risque de rechute précoce.

Les psychothérapies

L’accompagnement psychologique est systématique, à la différence des antidépresseurs qui ne sont pas toujours nécessaires. Parfois, dans les formes d'intensité légère, la mise en place d’une psychothérapie pour que le patient aille progressivement mieux peut suffire.

Il existe différents types de psychothérapies indiquées en cas de dépression réactionnelle :

  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Le psychiatre va travailler sur les pensées dysfonctionnelles du patient et les comportements et réactions qu’elles engendrent chez lui. L’objectif ici est une prise de conscience du patient, afin de modifier petit à petit ses pensées et ses comportements.
  • La psychothérapie de soutien. Le professionnel utilise une écoute active et bienveillante pour permettre au malade d’exprimer librement ses émotions afin qu’il retrouve progressivement un bon équilibre psychologique.
  • La psychothérapie psychodynamique. Le médecin psychiatre va travailler davantage l’histoire de vie du patient, sa construction identitaire, le lien qu’il pourrait y avoir avec sa vie actuelle et la façon dont il a réagi à cet événement traumatique précisément.
  • La thérapie interpersonnelle (TIP). Il s’agit d’une thérapie brève lors de laquelle le médecin s'intéresse aux liens interpersonnels et à la façon dont l’entourage social peut aider la guérison du malade.

Il est important de noter que les TCC et les TIP sont les thérapies ayant montré le meilleur niveau de réussite dans les études scientifiques.

Les prises en charge innovantes

Pour aller plus loin dans la prise en charge des patients qui souffrent de dépression, réactionnelle ou non, d’autres techniques innovantes existent :

  • La rTMS, ou stimulation magnétique transcrânienne répétitive, est une technique de stimulation focalisée du cerveau non invasive. Elle consiste à placer une bobine sur le cuir chevelu afin de générer un champ électromagnétique sur une zone précise du cerveau pour lui permettre de retrouver son fonctionnement normal. Cette méthode innovante est un bon complément dans le cas d’une dépression sévère, quand le traitement par antidépresseurs ne fait pas effet.

 

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INICEA utilise la stimulation magnétique transcrânienne répétitive pour améliorer l’état des personnes atteintes de troubles dépressifs
Interview du Dr Alexis Bourla, membre du comité scientifique INICEA et psychiatre à la Clinique Jeanne d'Arc Hôpital Privé Parisien.


 

  • La tDCS, ou stimulation transcrânienne à courant continu, est une méthode de stimulation du cerveau reposant sur l’utilisation d’un faible champ électrique induit par l’intermédiaire de deux électrodes pour modifier l’excitabilité du cerveau. Cette technique est très facile d’accès, le patient peut même faire sa séance tranquillement chez lui.
  • La TERV, ou thérapie par exposition à la réalité virtuelle, consiste à confronter le patient à ses peurs à travers la réalité virtuelle. Elle permet également de proposer des séances de relaxation et de méditation.
  • La luminothérapie est une méthode davantage utilisée en cas de dépression légère saisonnière. Cette technique consiste à exposer le patient à une lumière blanche intense reproduisant la lumière du soleil.

 

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Luminothérapie : un traitement naturel et efficace contre la dépression saisonnière 
Dr Hadrien Beaucamps, médecin psychiatre à Jeanne d'Arc Hôpital Privé Parisien, explique les bienfaits de la luminothérapie dans le cadre du trouble affectif saisonnier, et dans d'autres types de dépressions, comme la dépression du post-partum ou le trouble dépressif récurrent


 

Pour conclure, le Dr Gadenne rappelle que « la dépression réactionnelle, comme tout autre type de dépression, est une maladie qu’il ne faut surtout pas prendre à la légère, car elle provoque une réelle altération au niveau du fonctionnement cérébral et cognitif ». Cette altération est réversible, mais peut se montrer longue à soigner et se transformer en dépression chronique si le malade tarde à se faire prendre en charge de manière adaptée.

Dans la dépression, les risques de rechute sont importants. Ceux-ci peuvent être évités en suivant scrupuleusement la stratégie thérapeutique décidée avec le praticien. Un traitement à long terme et un suivi régulier par un psychothérapeute sont souvent nécessaires. Pour plus d’informations sur cette pathologie, voici un guide d’autosoins de la dépression à destination des patients et de leur entourage.

 


Si vous sentez que vous avez des difficultés à faire les petites choses du quotidien, que la fatigue s’installe, que vous n’avez plus envie et que vous vous jugez négativement, ces signaux doivent vous alerter ! N’attendez pas pour prendre rendez-vous avec un professionnel de santé. Celui-ci vous prendra en charge et vous proposera un traitement adapté en fonction de votre situation, ce qui vous permettra de sortir au plus vite de cet épisode de dépression. 

Tous les établissements INICEA sont des centres d'expertise dans la prise en charge de la dépression. En hospitalisation complète ou en hôpital de jour, chaque patient bénéficie d'un projet de soin personnalisé. Découvrez quel est l'établissement le plus proche de chez vous en cliquant ici.

 

Photo by jcomp - Freepik

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