Comprendre le syndrome anxio-depressif

Les troubles de l'humeur

Selon les chiffres de Santé publique France, 264 millions de personnes seraient atteintes de troubles dépressifs dans le monde, et 284 millions souffriraient d’anxiété. La dépression et l’anxiété sont deux maladies extrêmement courantes dont les répercussions sur la qualité de vie des malades peuvent être importantes tant au niveau social et professionnel qu’affectif.

Il arrive souvent que ces deux troubles s’associent chez certains malades : on parle alors de syndrome anxio-dépressif. Qu’est-ce que le syndrome anxio-dépressif ? Quels sont ses symptômes ? Quelles sont les solutions pour le soigner efficacement ? Rencontre avec le Dr Ramage, psychiatre à la Clinique INICEA de Vontes.

 


SOMMAIRE

 


 

Qu'est ce que le syndrome anxio-dépressif ?

Le syndrome anxio-dépressif, également appelé trouble anxieux et dépressif mixte, est un trouble psychiatrique qui associe à la fois les symptômes de la dépression et ceux de l’anxiété.

Les formes de ce syndrome sont variées :

  • les deux troubles sont intriqués ;
  • l’un des deux troubles peut être plus présent que l’autre ; 
  • l’un des deux troubles comme l’anxiété est complet et identifiable immédiatement par le professionnel de santé, puis se complique pour le deuxième trouble, celui de la dépression.

Le syndrome anxio-dépressif nécessite une prise en charge psychiatrique et psychologique adaptée.

Le Dr Ramage insiste sur le fait qu’il faut absolument « déstigmatiser ce type de maladie, car personne n’est à l’abri de troubles anxieux ou dépressifs ! Ce n’est en aucun cas le reflet d’une faiblesse et ce n’est pas non plus une maladie imaginaire. C’est une pathologie qui touche le cerveau, et c’est le signe d’un dysfonctionnement cérébral important. Par ailleurs, ce type de pathologie est potentiellement grave et peut avoir un gros impact sur la qualité de vie du malade. C’est pourquoi plus on agit rapidement, plus vite le patient a des chances d’aller mieux. Ce sont des maladies traitables : il ne faut pas hésiter à en parler à son médecin généraliste dans un premier temps. »

Quelle différence entre anxiété et dépression ?

L’anxiété et la dépression se différencient par les sensations et les sentiments qu’elles provoquent : la peur en particulier pour la première, et la tristesse pour la seconde. Bien qu’ayant des points communs, ces deux troubles psychologiques sont donc différents.

L’anxiété est un trouble émotionnel qui se caractérise par un sentiment général d’insécurité et par une sensation d’inquiétude démesurée éprouvée à l’égard de quelque chose de plus ou moins précis. Il est normal de ressentir un peu d’anxiété à certains moments de sa vie. Toutefois, celle-ci devient pathologique lorsque la personne ressent une anxiété forte et durable sans lien avec un danger réel et que cela perturbe son fonctionnement normal.

Le déclenchement émotionnel de l’anxiété perturbe généralement la résolution de problèmes et la prise de décision chez la personne souffrante. Les troubles anxieux génèrent des comportements d’évitement, d’hypercontrôle et/ou de procrastination, qui réduisent l’exposition aux situations angoissantes mais favorisent le maintien de l’anxiété.

La dépression, quant à elle, est une maladie psychique qui se caractérise par des perturbations de l'humeur (tristesse profonde, perte de plaisir et d’envie, perte d’énergie et repli sur soi). Selon la triade cognitive dépressive de Beck, on retrouve trois types de pensées négatives chez une personne en dépression : une faible estime de soi, des pensées négatives sur le monde et son entourage, et une incapacité à se projeter dans le futur. Une combinaison de nombreux facteurs psychologiques, biologiques et environnementaux peut déclencher cette maladie.

 

Les symptômes du syndrome anxio-dépressif

Le syndrome anxio-dépressif combine avec plus ou moins d’intensité un ou plusieurs symptômes.

 

Trouble anxieux

  • Peur intense et durable
  • Sentiment d'inquiétude en permanence
  • Nervosité, irritabilité et impulsivité
  • Troubles physiques : sentiment d'oppression, mal de ventre, nausées, vertiges...
  • Troubles de l'endormissement
  • Troubles alimentaires : le plus souvent, augmentation de l'appétit avec des grignotages. Parfois diminution de l'appétit avec une perte de poids
  • Difficulté de concentration
  • Douleurs chroniques
  • Fatigue

Trouble dépressif

  • Sentiments de tristesse et de solitude 
  • Faible estime de soi, idées noires, voire suicidaires
  • Baisse de l'élan vital
  • Perte du plaisir et de l'envie
  • Sommeil non récupérateur, réveil précoce
  • Troubles alimentaires : le plus souvent perte d'appétit. Parfois hyperphagie
  • Problèmes d'ordre sexuel
  • Douleurs chroniques
  • Fatigue

 

Le syndrome anxio-dépressif peut se déclencher à la suite d’un événement de vie : un deuil, une séparation, une agression, la perte de son travail, etc. En outre, un événement positif comme une naissance, un mariage ou un déménagement peut déclencher un trouble anxieux.

En effet, un événement de vie, qu’il soit traumatique ou non, modifie l’environnement d’une personne et nécessite une adaptation supplémentaire. C’est pourquoi, chez certaines personnes, cette suradaptation peut déclencher un état anxio-dépressif. Bien sûr, il existe une variabilité interindividuelle de « résilience », ce qui sera traumatique pour certaines personnes, et ne le sera pas nécessairement pour d'autres. Par ailleurs, le syndrome anxio-dépressif peut se déclencher du fait d’une accumulation d'évènements stressants, et pas nécessairement d’une cause unique.

Toutefois, le syndrome anxio-dépressif n’est pas toujours réactionnel et peut survenir sans raison apparente. Il n’y a pas toujours des facteurs déclenchants. L’origine de l’apparition du syndrome anxio-dépressif peut être pluri-factorielle et avoir une composante biologique (génétique ou héréditaire), psychologique, et/ou sociale.

 

Les diagnostics différentiels

D’autres maladies ou d’autres troubles psychiatriques, comme des troubles de la personnalité, des addictions ou des troubles psychotiques peuvent présenter les mêmes symptômes qu’un état anxio-dépressif.

Des maladies somatiques peuvent également avoir les mêmes symptômes :

  • Les troubles endocriniens : hyperthyroïdie, troubles de la sécrétion de cortisol ;
  • Les troubles neurologiques : la maladie de parkinson, des tumeurs cérébrales ;
  • Des carences vitaminiques…

C’est le rôle du médecin généraliste ou du médecin psychiatrique d’aller explorer ces troubles potentiels et de recueillir un maximum d’éléments cliniques lorsqu’il reçoit son patient en consultation. En cas de doute, le professionnel pourra demander des examens complémentaires (bilan sanguin, imagerie cérébrale…), afin d’éliminer toute autre cause.

Il faut également savoir que ces maladies somatiques peuvent se surajouter à une dépression déjà existante et en moduler l’expression, voire créer des résistances aux traitements. C’est pourquoi il est important d’explorer en profondeur toutes les hypothèses avant de poser un diagnostic définitif.

 

Comment soigner un syndrome anxio-dépressif ?

Soigner un syndrome anxio-dépressif peut se faire selon trois approches : les médicaments, les psychothérapies, et les thérapies innovantes. Ces différentes prises en charge peuvent se combiner selon l’intensité des symptômes, la chronicité du trouble et la présence de comorbidités.

La prise en charge médicamenteuse

Le syndrome anxio-dépressif peut être soigné par la prescription d’un traitement à base d’antidépresseurs. Le médecin psychiatre choisira de préférence un antidépresseur ayant une indication à la fois pour l’anxiété et la dépression, qui traitera aussi bien les deux types de symptômes.

 

Notre expert va plus loin !


La prise en charge médicamenteuse, Pr Florian Ferreri, membre du comité scientifique INICEA

Il existe 5 familles d’antidépresseurs (cf section correspondante). Les ISRS (inhibiteur de la recapture de la sérotonine), IRSNa (inhibiteur de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline) et les « autres antidépresseurs » sont les plus récents. Ils présentent moins de contre-indications et sont généralement mieux tolérés. Pour ces raisons ils sont proposés en première intention. Le choix du traitement antidépresseur doit tenir compte de la sévérité de la dépression, des anciens traitements testés (privilégier un traitement auquel la personne a répondu précédemment), des effets latéraux de la molécule (stimulante ou sédative) et des éventuelles contre-indications. Aucun antidépresseur n’a démontré une supériorité d’efficacité clinique par rapport à un autre.

Il est classique de distinguer trois étapes thérapeutiques avec différents temps de prise en charge : 

1. Traitement d'attaque jusqu'à rémission complète - 4-8 semaines

2. Traitement de consolidation pour éviter la récidive - au moins 6 mois

3. L'arrêt progressif du traitement antidépresseur en l'absence de dépressions récurrentes
 


 

Les psychothérapies

La prise en charge du patient via une psychothérapie est également envisageable. Elle pourra s’associer à un traitement à base d’antidépresseurs, en fonction de la sévérité des symptômes. La Haute autorité de santé (HAS) précise que, quel que soit le niveau de dépression, la prise en charge doit dans un premier temps commencer par un soutien psychologique. La prescription d’antidépresseurs ne doit pas y être systématiquement associée lorsqu’il s’agit d’une dépression légère.

Dans le cas d’un syndrome anxio-dépressif, les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont les plus utilisées et celles qui présentent les meilleurs résultats. Le psychiatre travaille à la fois sur les pensées et les comportements engendrés afin de les modifier progressivement et durablement.

Il existe aussi d’autres types de psychothérapies pour traiter le syndrome anxio-dépressif : les psychothérapies psychodynamiques, les psychothérapies de soutien et les thérapies interpersonnelles, par exemple. Le Dr Ramage explique que la prise en charge de chaque patient est différente : « on agit au cas par cas ».

 

Les thérapies innovantes

En cas de symptômes sévères et quand deux traitements antidépresseurs biens conduits – c’est-à-dire à bonne posologie pendant une durée suffisante – ne fonctionnent pas ou insuffisamment, on peut faire appel à des technologies innovantes, parmi lesquelles :

  • la rTMS, ou stimulation magnétique transcrânienne répétitive ;
  • la tDCS, ou stimulation transcrânienne à courant continu.

Ces sont deux techniques non invasives qui consistent à stimuler le cerveau pour lui permettre de retrouver son fonctionnement normal.

 

Notre expert va plus loin !


INICEA utilise la stimulation magnétique transcrânienne répétitive pour améliorer l’état des personnes atteintes de troubles dépressifs
Interview du Dr Alexis Bourla, membre du comité scientifique INICEA et psychiatre à la Clinique Jeanne d'Arc Hôpital Privé Parisien.


 

Pour des syndromes anxio-dépressif légers, voire modérés, d’autres technologies plus faciles d’utilisation, et qui ne nécessitent pas l’intervention d’un spécialiste, peuvent donner de de très bons résultats :

  • la TERV, ou thérapie par exposition à la réalité virtuelle, permet au patient d’affronter ses peurs à travers la visualisation ;
  • la luminothérapie, qui consiste à exposer quotidiennement le patient à une lumière blanche d’une intensité de 10 000 lux, pour resynchroniser l’horloge interne avec la sécrétion de mélatonine. Elle est particulièrement indiquée dans les formes saisonnières.

 

Notre expert décrypte...


Luminothérapie : un traitement naturel et efficace contre la dépression saisonnière 
Dr Hadrien Beaucamps, médecin psychiatre à Jeanne d'Arc Hôpital Privé Parisien, explique les bienfaits de la luminothérapie dans le cadre du trouble affectif saisonnier, et dans d'autres types de dépressions, comme la dépression du post-partum ou le trouble dépressif récurrent


 

 

Le Dr Ramage ajoute que d’autres outils de la gestion de l’anxiété existent et peuvent soulager le patient au quotidien, comme la sophrologie, l’EMDR, la cohérence cardiaque ou encore la musicothérapie. Enfin, le maintien de conditions de vie les plus saines possibles est une priorité pour limiter l’impact de la maladie.

L’hygiène de vie

Au-delà de la prise en charge médicamenteuse et d’une éventuelle thérapie, l’adoption ou le maintien d’une bonne hygiène de vie contribue à améliorer le quotidien des patients souffrant de syndrome anxio-dépressif. Le professeur Florian Ferreri, membre du comité scientifique INICEA, recommande ainsi :

  • L’arrêt du tabac et du cannabis et des autres drogues, la limitation de la consommation d’alcool.
  • Le maintien d’une activité physique. En cas de difficultés, des applications gratuites sur smartphone permettent de faire des exercices à domicile sans matériel de sport.
  • Le maintien d’une bonne hygiène de sommeil : lever à heure fixe, une ou deux siestes de vingt minutes maximum dans la journée, pas d’exposition aux écrans dans l’heure qui précède le coucher, température de la chambre à coucher entre 17 et 18 degrés, utilisation d’un masque de nuit et de boules quies si nécessaire.
  • Le maintien d’une alimentation riche en fibres et en protéines : légumes verts, salades, légumineuses. À accompagner d’une réduction des féculents (privilégier le riz complet aux pâtes et pommes de terre), de la viande (privilégier les viandes blanches comme la dinde) et des laitages (remplacer les yaourts par des compotes sans sucre ajouté). Certains antipsychotiques peuvent augmenter l’appétit et par conséquent la prise de poids. Maintenir une bonne alimentation est capital pour le bien-être, la motivation et l’énergie. Les sucres raffinés (par exemple dans les pâtisseries) et les graisses saturées (par exemple dans la junk food, notamment certaines pizzas préparées) sont à diminuer au maximum.
  • Le maintien des contacts sociaux en favorisant les activités extérieures.
  • Le maintien du contact avec la nature (parc, randonnées…).

 

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Bien sûr, la recommandation première reste d’en parler à son médecin généraliste dès que les symptômes apparaissent, car le syndrome anxio-dépressif est un trouble qui s’installe insidieusement.

Si vous sentez que vous avez des difficultés à faire les petites choses du quotidien, que la fatigue s’installe, que vous n’avez plus envie et que vous vous jugez négativement, ces signaux doivent vous alerter ! N’attendez pas pour prendre rendez-vous avec un professionnel de santé. Celui-ci vous prendra en charge et vous proposera un traitement adapté en fonction de votre situation, ce qui vous permettra de sortir au plus vite de cet épisode de dépression. 

Tous les établissements INICEA sont des centres d'expertise dans la prise en charge de la dépression. En hospitalisation complète ou en hôpital de jour, chaque patient bénéficie d'un projet de soin personnalisé. Découvrez quel est l'établissement le plus proche de chez vous en cliquant ici.

 

Photo by Priscilla Du Preez - Unsplash.com

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