Luminothérapie : un traitement naturel et efficace contre la dépression saisonnière

Publié le 21/12/2020

Interview du Dr Hadrien Beaucamps, médecin psychiatre à Jeanne d'Arc Hôpital Privé Parisien. 

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Hadrien Beaucamps, médecin psychiatre à Jeanne d'Arc Hôpital Privé Parisien, explique les bienfaits de la luminothérapie dans le cadre du trouble affectif saisonnier, et dans d'autres types de dépressions, comme la dépression du post-partum ou le trouble dépressif récurrent.

Qu’est-ce que la luminothérapie ?

La luminothérapie est une technique thérapeutique non pharmacologique appartenant au champ des chronothérapies, visant à l’amélioration de certains troubles psychiques par l’exposition à la lumière. Concrètement, il s’agit de s’exposer quotidiennement à une source lumineuse artificielle, correctement paramétrée. La durée d’exposition, l’horaire de la séance, l’intensité lumineuse et la qualité spectrale doivent répondre à des critères précis.

Contrairement au mois de mars, le dernier confinement a eu lieu en plein automne, à l'heure d'hiver : l’ensoleillement est moindre et la dépression saisonnière est plus à même de se produire. Peut-on lutter contre la dépression saisonnière grâce à la luminothérapie ?

La dépression saisonnière, ou trouble affectif saisonnier, est un trouble de l’humeur chronique défini par la récurrence généralement annuelle d’un état dépressif d’intensité légère à modérée dont l’apparition est corrélée à la diminution de la clarté naturelle dans nos pays tempérés. Les symptômes régulièrement associés à ce type particulier de dépression, en dehors des symptômes classiques d’humeur dépressive, d’anxiété marquée et de manque d’énergie, sont l’hypersomnie (l’allongement de la durée du sommeil au-delà de 15 heures par jour) et une déstructuration de l’alimentation avec une appétence particulière pour les grignotages d’aliments sucrés.

Pour poser le diagnostic, cet état doit se reproduire au moins deux années consécutives sur la même période, avec une amélioration à l’intersaison. Il paraît probable que la situation de confinement en période automnale entraine l’émergence de ce type de trouble : la durée du jour était déjà nettement diminuée, et étant contraints de rester à l’intérieur, nous profitions d’autant moins bien de la lumière du soleil.

La luminothérapie figure parmi les traitements de première intention selon des recommandations internationales dans le cadre du trouble affectif saisonnier.

En effet, plusieurs méta-analyses (des études scientifiques synthétisant le résultats de nombreuses autres études biomédicales portant sur un sujet donné) font état de l’efficacité de cette technique dans cette indication, de manière régulièrement comparable aux traitements antidépresseurs, ceci pour un coût inférieur en terme de santé publique, et avec des effets indésirables moindres pour le patient. Mais l’efficacité de la luminothérapie ne s’arrête pas là.

Quelles sont les autres pathologies pour lesquelles la luminothérapie est efficace ?

Il apparait également dans la littérature scientifique qu’elle ait un rôle très positif dans d’autres types de dépressions, comme la dépression du post-partum, le trouble dépressif récurrent ou encore la dépression bipolaire, bien que son utilisation dans cette dernière indication soit délicate, comme nous le verrons plus loin. Au-delà du seul cadre des troubles de l’humeur, la luminothérapie peut également être utilisée de manière efficace dans les troubles liés au cycle circadien (le cycle biologique de 24 heures sur lequel les cellules de notre corps organisent leur rythme de vie journalier), avec à titre d’exemples les troubles du sommeil ou les troubles de l’adaptation aux horaires comme pour les travailleurs de nuit ou les personnes fréquemment exposées aux voyages transméridiens et au décalage horaire que cela implique.

Enfin, les effets positifs de la luminothérapie sur la vigilance et les fonctions cognitives en font un traitement d’appoint utile dans d’autres indications plus rares telles que certains troubles de la mémoire ou de l’attention, comme dans le cas des grands traumatisés crâniens.

Comment expliquez-vous l’état dépressif lié au manque de lumière ?

C’est une vaste question, à laquelle la science n’a pas encore donné de réponse formelle. Je vais essayer de ne pas être trop technique, en répondant à la question corolaire : quel est le mode d’action de la luminothérapie ? En réalité, deux hypothèses sont actuellement reconnues, celle d’un effet direct et celle d’un effet indirect. Commençons par ce dernier : l’équilibre global d’un individu et de son fonctionnement quotidien est régi par le rythme circadien que j’évoquais tout à l’heure, ce « métronome » de l’organisme autour duquel les fonctions d’action, de repos et de réparation cellulaire s’organisent. Le tempo est donné par une hormone, la mélatonine, sécrétée exclusivement dans l’obscurité par l’hypophyse, une glande placée juste sous le cerveau, sous l’influence directe de ce dernier, impliquant l’hypothalamus et le noyau supra chiasmatique. Un grain de sable dans cette belle mécanique engendrerait des conséquences pathologiques.

En donnant un message clair au cerveau sur l’alternance jour/nuit, la luminothérapie resynchronise l’organisme autour de ce signal qu’est la mélatonine, et améliore ainsi indirectement de nombreux troubles liés à un désordre circadien.

Mais un autre effet plus direct a également été mis en évidence : de nombreux troubles en lien avec la diminution de la luminosité naturelle s’expliqueraient par des dérèglements neurochimiques à travers le cerveau, conduisant à l’épuisement de certaines structures, notamment préfrontales, utilisant comme neurotransmetteurs le système monoaminergique ( principalement le trio Sérotonine/ Noradrénaline/ Dopamine, que les antidépresseurs s’efforcent de réactiver).

Des études sur des électrorétinogrammes montrent un lien entre la modulation de la sensibilité des photorécepteurs rétiniens et l’activation du système monoaminergique. La lumière, en passant par ces photorécepteurs, jouerait donc un rôle direct sur le rétablissement de ce système et des troubles qui en dépendent.

Comment se déroule un traitement par luminothérapie ?

Il s’agit d’un traitement de moyen terme, puisqu’il doit théoriquement s’étendre à partir du début des symptômes, soit le milieu de l’automne, jusqu’à leur disparition, soit le milieu du printemps. En d’autres termes, le traitement doit démarrer à partir du moment où la durée du jour est sensiblement raccourcie, jusqu’à ce que cette dernière soit de nouveau suffisamment allongée. Les séances sont quotidiennes, de préférence le matin dans l’heure qui suit le réveil (bien que cela soit débattu).

Différentes sources de lumière artificielle sont disponibles sur le marché, sous forme de panneaux lumineux utilisant des tubes fluorescents ou des LED, et plus récemment sous forme de lunettes à LED, dont la portabilité autorise une plus grande mobilité au patient. Ces dispositifs doivent répondre à des critères précis en terme d’intensité lumineuse (exprimée en lux) et de spectre lumineux (lumière blanche-à spectre complet, sans ultraviolets, et amoindrie en bleu). Dans le cas des panneaux, le patient doit prendre place à environ 60cm du panneau, ce dernier se trouvant placé dans son champ de vision, de manière indirecte, comme sur un bureau. La durée de la séance dépend de l’intensité lumineuse émise par le dispositif, en moyenne 20 à 30min pour une intensité de 7 à 10 000 lux.

Durant la séance, le patient est encouragé à s’occuper, que ce soit par la lecture ou la poursuite de sa routine matinale.

Quels sont les effets indésirables ?

Ils sont très modérés, et relativement rares. On retrouve parfois des maux de tête, des nausées, de la sècheresse oculaire, des insomnies ou de l’agitation. Ces effets secondaires semblent corrélés à l’intensité lumineuse. En cas d’apparition d’effets indésirables, cette dernière devrait donc être diminuée initialement pour être augmentée progressivement. Il est néanmoins intéressant de noter que quelques contre-indications sont retenues au titre du principe de précaution sur d’éventuels dommages ophtalmologiques, comme la dégénérescence maculaire, la rétinite pigmentaire, la cataracte, le glaucome ou encore les pathologies pouvant endommager la rétine comme le diabète.

Au plan de la iatrogénie, il est consensuel que la luminothérapie devrait être évitée en coprescription avec les traitements photosensibilisants, et ce malgré l’absence d’UV. De même, dans le cadre du trouble bipolaire de l’humeur, il est recommandé de faire preuve d’une précaution particulière, en raison de cas réguliers de virages hypomanes ou maniaques sous cette thérapeutique.

 


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