"La transmission de ma passion pour l’art auprès des patients est essentielle"

Publié le 10/06/2021

Partons à la rencontre des Femmes et des Hommes d’INICEA ! Découvrez ces héros du quotidien qui à travers leur profession, vivent une véritable passion : celle d’aider les autres.

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Jean-Christophe est artiste-plasticien intervenant auprès des patients de la Clinique Villa des Roses à Lyon. Il anime un atelier arts-plastiques en hospitalisation complète et de jour, depuis 26 ans.

Cet entretien a été réalisé dans la pièce dédiée à son atelier, située au cœur de l’établissement, dans une ambiance colorée où chaque jour, des patients prennent le temps de laisser libre cours à leur imagination. Entretien à la découverte d’un métier qui mêle l’art au soin...

Parlez-nous de votre parcours

Cela fonctionne comme cela pour la plupart des personnes à qui l’on pose la question, mais je dirais que mon histoire est liée à une rencontre.

Fraîchement diplômé de l’école des Beaux-Arts de Lyon, j’ai d’abord créé mon atelier, au sein duquel je créé toujours, pour pouvoir pleinement exprimer mes idées artistiques.

Quelques années après, j’ai été contacté par l’hôpital Henri Gabrielle, pour travailler auprès de personnes ayant subi des traumatismes crâniens, car ces patients demandaient aux soignants de pouvoir participer à un atelier d’arts-plastiques.

Puis, à l’occasion d’une exposition organisée par l’établissement, présentant les œuvres réalisées par les patients, j’ai rencontré l’un des ex-médecins psychiatres travaillant à la Clinique Villa des Roses, avec qui j’ai pu échanger sur mon travail. Ce médecin était un vrai passionné d’art et l’équipe médicale avait pour projet de développer un atelier indépendant des autres soins psychiatriques. Tout convergeait donc pour que je puisse proposer une médiation artistique à la Clinique Villa des Roses.

Racontez-nous votre métier

Dans mes interventions auprès des patients de la Clinique Villa des Roses, je me retrouve plus en tant qu’artiste plutôt qu’en tant qu’ « art-thérapeute ». Je n’analyse pas leurs productions. Je ne me situe ni dans l’apprentissage de techniques artistiques, ni dans celui de techniques de relaxation, mais bien au cœur du processus créatif. Pour moi, la technique doit servir la création.

Mon métier est d’aider les personnes à trouver un moyen d’exprimer leurs émotions. La production d’œuvres d’art peut les aider à retrouver confiance en elles et à rester créatives, ce qui est narcissiquement important. Si j’apportais une dimension trop psychologique dans mon atelier, les patients feraient ce que je leur demande au détriment de la créativité, et ce n’est pas le but recherché.

L’atelier que j’anime a lieu 4 fois dans la semaine et est en accès libre. Je cherche à apporter quelque chose de décalé, un espace de liberté où chacun peut s’exprimer comme il le souhaite, et complètement indépendant des autres prises en charge proposées par l’établissement.

Par ailleurs, j’ai gardé mon activité d’artiste au sein de mon atelier : en ce moment, j’aime travailler le métal. Je collabore régulièrement avec des restaurateurs d’œuvres d’art, pour qui je réalise des armatures intérieures de sculptures, qui seront ensuite exposées dans les musées régionaux.

Et en trois mots ?

Je dirais d’abord le mot « créativité », car les personnes ne sont plus très créatives dans leur vie personnelle et professionnelle.

Ensuite, le mot « production », parce qu’il est important pour quelqu’un qui souhaite exprimer un mal-être d’être imprégné par ce qu’il fait et le vivre en pleine conscience.

Et pour finir, le mot « étonnement », pouvoir redonner confiance aux patients, qu’ils puissent dire « C’est moi qui l’ai fait » une fois leur production terminée et rester curieux envers l’extérieur et eux-mêmes… s’étonner et s’émerveiller comme des enfants.

Pourquoi votre métier est-il une passion ?

La transmission de ma passion pour l’art auprès des patients est essentielle pour animer cet atelier.

Je produis en même temps que les patients, et nous nous inspirons mutuellement, ce qui nous met sur un pied d’égalité. Je suis constamment surpris par la capacité des patients à imaginer des choses. C’est ce que j’aime dans mon métier : pouvoir surprendre et être surpris par le potentiel artistique de chaque patient, le voir évoluer entre sa première et sa dernière séance.

Une fois que le patient comprend que ce n’est pas une erreur de faire quelque chose qui n’a rien à voir avec ce à quoi il a pensé initialement, c’est une véritable richesse !

J’aime aussi contrer leurs préjugés : la peinture fait peur à beaucoup, mais elle offre la plus grande des libertés : un coup de peinture blanche et une nouvelle idée apparaît !

Pourquoi faites-vous ce métier, comment en êtes-vous arrivés là ?

J’aime l’art depuis toujours, cela était une évidence pour moi de me diriger vers des études artistiques.

Mon père était médecin généraliste et ma femme est psychologue, on peut donc dire que j’ai toujours cherché à allier l’art et le soin dans ma carrière !

Il y a-t-il une anecdote, une histoire qui vous a marqué ?

Il se passe un tas de petites choses étonnantes au quotidien dans mon atelier ! Je repense à un patient qui était architecte et qui possédait donc un excellent niveau artistique. A la clinique, je pratique souvent la sculpture en papier mâché et il était émerveillé par mes créations car cela lui rappelait le béton.

Il a donc pris plaisir à reproduire des cathédrales, divers monuments du Corbusier en papier mâché… Il a tellement adoré cette technique qu’une fois rentré chez lui après son séjour sur la clinique, il a tout de suite acheté un broyeur de documents et tout le matériel nécessaire pour réaliser lui-même des abat-jours en papier mâché pour décorer son appartement.

Quel est le moment de votre carrière qui vous a rendu le plus fier ?

Ce qui me fait le plus plaisir est de recroiser les patients à l’extérieur, après leur séjour sur la clinique, dans des magasins d’art. Ils me disent tous avoir continué à dessiner, peindre, sculpter… Je trouve cela très gratifiant, c’est comme s’ils avaient appris un nouveau langage et qu’ils s’exprimaient enfin !

Quelle est la chose que vous dites le plus souvent dans votre métier ?

Restez créatifs !
 

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Autour d'un café avec Jean-Christophe

Votre film préféré : Même s’il est vrai que depuis l’apparition du Covid-19, je suis amené à regarder de plus en plus la télévision et à lire plus, ce qui m’intéresse est la grande variété des œuvres qu’importe soient elles. J’aime la totalité. Je peux autant apprécier un blockbuster tel que le dernier Batman, qu’un film de Luis Buñuel.

Chien ou chat ? Chat, ou bien chiens qui ont des comportements de chat, qui ne sont pas complètement soumis à leur maître. 

Mer ou montagne ? Les deux. J’ai longtemps pratiqué l’alpinisme à haut niveau et j’ai participé à des courses, à la journée. J’ai même failli devenir professeur d’escalade, mais mon épouse trouvait cela trop risqué, donc j’ai abandonné le projet (rires). Je suis propriétaire d’une maison près de l’Océan Atlantique et je navigue régulièrement à bord de mon kayak de mer à voile – embarcation qui est très rare ! J’aime la prise de risques, autant dans la réalisation d’œuvres d’art que dans mes pratiques sportives. Mais ce risque doit être calculé, sinon je ne serais pas là pour en parler ! 

Quelque chose qu’on ne sait pas sur vous ? Je suis un grand fan de musique, j’ai plus de 500 CD chez moi et un bon stock également à la clinique ! J’adore surprendre les patients en diffusant des styles de musiques inclassables, par exemple du Franck Zappa ou du post-punk rock anglais. Il est intéressant pour les patients de travailler avec de la musique car ils arrivent à produire des œuvres de manière plus intuitive sur des sons énergétiques – d’où la place importante qu’a la musique rock dans ma discothèque !

Une chanson que vous chantez sous la douche ? Je préfère écouter le chant de l’eau lorsque je me douche.
 


 

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