Qu’est-ce que l’hyperphagie boulimique ?

Troubles du comportement alimentaire

L’hyperphagie concerne 3 à 5 % de la population et touche environ 1 homme pour 2 femmes. C’est un trouble du comportement alimentaire (TCA) à part entière, encore peu connu et souvent diagnostiqué à tort comme de l’obésité. Une prise en charge précoce de cette pathologie est cruciale pour améliorer le pronostic et favoriser la guérison des patients.

Quelles sont les caractéristiques de l’hyperphagie boulimique et comment soigner cette maladie ? Explications avec le Dr Greppo, psychiatre à la Clinique Jouvence Nutrition à Messigny-et-Vantoux.

 

 


SOMMAIRE


 

Qu’est-ce que l’hyperphagie ?

L’hyperphagie, ou hyperphagie boulimique, est un trouble du comportement alimentaire (TCA) qui se caractérise par des crises alimentaires récurrentes. Au cours de ces épisodes, l’individu va ingérer de grandes quantités de nourriture, de manière compulsive, irrépressible et quasi automatique. Il mange jusqu’à ressentir une sensation de trop-plein et une distension abdominale.

Hyperphagie ou boulimie ?

À la différence d’une personne atteinte de boulimie, celle souffrant d’hyperphagie n’a pas recours à des comportements compensatoires inappropriés (vomissements, prise de purgatifs, périodes de jeûne, activité physique excessive) pour éliminer les calories ingérées. C’est pourquoi cette pathologie entraîne fréquemment un surpoids ou une situation d’obésité, voire d’obésité morbide. Ce trouble du comportement alimentaire démarre le plus souvent au début de l’âge adulte. Toutefois, il existe des formes plus précoces qui sont généralement plus sévères.

L’hyperphagie nocturne

L’hyperphagie nocturne, connue sous le nom de Night Eating Disorder (NES) en anglais, fait partie des troubles du comportement alimentaire apparentés. Les personnes qui souffrent de cette pathologie présentent des épisodes alimentaires réguliers incluant une consommation excessive de nourriture après le dîner. Elles peuvent également se réveiller en pleine nuit pour répondre à une forte envie de manger. Ces dernières sont totalement conscientes de leur trouble et ont des souvenirs très précis de leurs crises alimentaires.

Pour poser le diagnostic du Night Eating Disorder (NES), il faut qu’il y ait au moins :

  • 25 % de l’apport alimentaire consommé après le dîner ;
  • deux épisodes nocturnes par semaine.

Chez ces individus, on retrouve très souvent des difficultés d’endormissement, des troubles du sommeil et la croyance quasi systématique qu’il est impératif de manger pour réussir à s’endormir. Le Dr Greppo précise que l’on note également une restriction alimentaire le matin, au moins quatre fois par semaine, et que les personnes atteintes d’hyperphagie se sentent souvent d’humeur plutôt morose le soir.

Attention : il ne faut pas confondre le Night Eating Disorder (NES) avec le Sleep Related Eating Disorder (SRED). Il s’agit d’une envie de se lever la nuit pour manger de façon compulsive, parfois même des aliments que la personne ne souhaite pas consommer.

Ce trouble du comportement alimentaire se produit généralement dans un état de demi-sommeil. L’individu n’en est pas conscient et ne se souvient pas de sa crise le lendemain. Ce trouble est parfois l’une des conséquences de la prise excessive de produits stupéfiants. Le Dr Greppo explique qu’il s’agit plutôt d’un trouble du sommeil et souligne que les personnes qui en souffrent ne doivent surtout pas prendre d’hypnotiques, au risque d’aggraver la pathologie.

Quels sont les symptômes de l’hyperphagie ?

L’hyperphagie s’installe de manière insidieuse au début de l’âge adulte. Les épisodes récurrents d’absorption de nourriture en très grandes quantités (largement supérieures à la moyenne), associés à une sensation de perte de contrôle face à la nourriture et aux quantités ingérées, permettent aux professionnels de santé de poser le diagnostic.

Chaque crise s’accompagne d’au moins trois des symptômes suivants :

  • Tachyphagie : l’individu mange très rapidement et en un temps restreint (généralement moins de deux heures), d'une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des personnes absorberaient en une période de temps similaire et dans les mêmes circonstances.
  • Absorption d’aliments jusqu’à ressentir une sensation très pénible de distension abdominale.
  • Absence de sensation de faim et de satiété.
  • Abattement et résignation face à la crise boulimique.
  • Sentiments de dégoût, de honte, de culpabilité après avoir mangé.
  • Détresse marquée en lien avec l’existence de l’hyperphagie.
  • Sédentarité et laisser-aller.

On parle d’hyperphagie lorsque ces épisodes se produisent au moins une fois par semaine, pendant au moins trois mois consécutifs. Le nombre d'accès par semaine permet de caractériser le niveau de sévérité. Enfin, le trouble n’est pas suivi de comportements compensatoires inappropriés caractéristiques de la boulimie (vomissements provoqués, prise de purgatifs, jeûnes, etc.).

Le Dr Greppo explique que chez les hyperphagiques boulimiques, l’envie irrépressible (craving) de se « remplir » permet de combler un manque généralement affectif et/ou psychologique.

Reconnaître les signes de l’hyperphagie boulimique

L’hyperphagie est une maladie complexe dont les causes sont multiples et diffuses. Comme pour l’anorexie mentale et la boulimie, les personnes atteintes sont dans une grande souffrance et les retentissements de la maladie sur le plan personnel, familial et social sont considérables.

C’est un trouble peu connu qui se vit en secret et dont on ne parle pas. Les personnes hyperphagiques consultent encore moins que pour d’autres TCA. Les retards de diagnostics sont donc nombreux. Pourtant, une prise en charge le plus tôt possible est essentielle, car plus la durée d’évolution de la maladie est longue, plus les complications et le risque de rechute sont importants.

Le repérage de la maladie peut se faire par le médecin généraliste ou tout autre praticien, comme un nutritionniste. En effet, les personnes qui souffrent d’hyperphagie ont généralement un surpoids ou souffrent d’obésité. Elles peuvent donc consulter leur médecin généraliste pour toutes les complications métaboliques que provoque leur surpoids ou leur obésité, telles que des troubles cardiovasculaires, les dyslipidémies, une apnée du sommeil, des douleurs physiques, des essoufflements, une grande fatigue… C’est à ce moment que peut se faire le dépistage.

Le Dr Greppo ajoute que ces individus confondent généralement toutes leurs émotions avec la faim. Les personnes qui souffrent d’hyperphagie boulimique n’arrivent pas à identifier des émotions comme la peur, le stress, l’angoisse ou encore la tristesse, c’est pourquoi elles les traduisent par cette envie irrépressible de manger. C’est en discutant avec elles que l’on peut s’en rendre compte.

Diagnostic différentiel

L’hyperphagie est très souvent confondue avec l’obésité métabolique ou génétique. Le Dr Greppo insiste particulièrement sur ce point : le surpoids et l’obésité sont des conséquences de l’hyperphagie, toutefois, l’origine de la maladie n’est pas la même. Les causes de l’hyperphagie sont psychologiques.

Un régime, de l'exercice physique à lui seul, voire une chirurgie n'auront aucun effet bénéfique. Pire, ils aggraveront encore davantage la maladie. La présence d'une hyperphagie boulimique doit donc être recherchée chez toute personne en surpoids.

D’autres pathologies présentent des symptômes proches, comme :

  • la boulimie, qui inclut toujours des conduites compensatoires ;
  • certaines tumeurs cérébrales ;
  • certaines épilepsies ;
  • les syndromes de Klein Levin et de Klüver-Bucy ; Ce sont des maladies génétiques dites rares, dont les causes sont mal connues et qui associent une hyperphagie à des troubles cognitifs et comportementaux. 
  • des épisodes dépressifs caractérisés et des troubles bipolaires ;
  • des troubles de la personnalité de type borderline et certaines personnalités évitantes-dépendantes.

Le grignotage ne fait pas partie de l'hyperphagie car c'est un comportement continu avec de petites quantités.

Comment soigner les crises d’hyperphagie ?

L'hyperphagie boulimique requiert une prise en charge thérapeutique adaptée, pluridisciplinaire et encadrée.

Une prise en charge médicale et nutritionnelle

Il est important que le patient hyperphagique bénéficie d’un suivi médical régulier afin de prendre en charge toutes les complications somatiques de la maladie. Le travail diététique et nutritionnel aura pour objectif de réapprendre au patient à s’alimenter selon des schémas réguliers (matin, midi et soir) avec une alimentation saine, diversifiée et équilibrée. Enfin, si des angoisses et/ou signes de dépression apparaissent, un traitement par antidépresseur est prescrit.

La psychothérapie comportementale et cognitive

La thérapie comportementale et cognitive (TCC) individuelle est l’un des recours intéressants aux troubles des conduites alimentaires comme l’hyperphagie boulimique. Le thérapeute va s'intéresser aux difficultés actuelles du patient grâce à des exercices pratiques centrés sur ses symptômes. Puis, il va travailler sur la revalorisation de l’image de soi en essayant de modifier les schémas cognitifs précoces du patient, à l'origine de ses émotions et de ses désordres.

Soigner l’hyperphagie boulimique en ambulatoire

Tout comme d’autres TCA, tels que l’anorexie mentale et la boulimie, l’hyperphagie doit être prise en charge de manière pluridisciplinaire. Une prise en charge ambulatoire du patient hyperphagique pourra combiner plusieurs approches :

  • psychologique ;
  • nutritionnelle ;
  • somatique ;
  • psychocorporelle.

Grâce à une équipe pluridisciplinaire, le patient bénéficie d’un accompagnement adapté à sa pathologie et à l’intensité de ses symptômes. Il pourra bénéficier d’une prise en charge en groupe et/ou individuelle, dans le cadre d’activités thérapeutiques. Les prises en charge thérapeutiques sont organisées en journée ou demi-journée afin d’assurer le confort des patients et faciliter un retour progressif à la vie quotidienne.

La Clinique Jouvence Nutrition à Dijon, la Clinique des Vallées à Annemasse et la Clinique de Vontes à Tours sont des établissements INICEA qui proposent des prises en charge des troubles du comportement alimentaire, en hospitalisation complète et/ou de jour. N’hésitez pas à les contacter pour avoir plus d’informations sur les prises en charge proposées.

 

Photo by Jad Limcaco on Unsplash

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