Boulimie : symptômes, causes et traitements

Troubles du comportement alimentaire

La boulimie est une maladie psychopathologique qui apparaît majoritairement à l’adolescence et au début de l’âge adulte, entre 11 et 20 ans. Selon les données épidémiologiques communiquées par la Haute autorité de santé (HAS), la boulimie touche 3 femmes pour un 1 homme.

C’est une pathologie complexe qui « ne se voit pas » et dont les retentissements sur le plan psychique, physique, familial et social sont importants. Plus d’explications avec le Dr Greppo, psychiatre à la Clinique Jouvence Nutrition à Messigny-et-Vantoux.
 


SOMMAIRE


Définition de la boulimie

La boulimie est un trouble du comportement alimentaire (TCA) qui se caractérise par l’absorption compulsive d’une très grande quantité de nourriture en peu de temps. La personne a la sensation de perdre le contrôle, elle ne peut pas s’empêcher ni s’arrêter d’ingurgiter des aliments. Ces crises de boulimie sont récurrentes et sont suivies de comportements compensatoires inappropriés visant à limiter la prise de poids, tels que :

  • des vomissements provoqués, dans la grande majorité des cas ;
  • la prise excessive de purgatifs laxatifs, diurétiques ou autres médicaments coupe-faim ;
  • des périodes de jeûne ;
  • une pratique excessive d’exercices physiques.

Notre expert va plus loin : qu’est-ce qu’une compulsion ? Force intérieure par laquelle le sujet est amené à accomplir certains actes et à laquelle il ne peut résister sans angoisse.

Quelle différence entre boulimie et hyperphagie ?

L’hyperphagie se caractérise aussi par des crises alimentaires récurrentes. De la même façon, l’individu ingère de grandes quantités d’aliments sur un temps restreint, mais par la suite, il n’a pas recours aux comportements compensatoires inappropriés caractéristiques de la boulimie. C’est pourquoi les patients souffrant d’hyperphagie se retrouvent souvent dans des situations d’obésité, voire d’obésité morbide.

Différencier anorexie mentale et boulimie

Outre la volonté de se maintenir à un poids très bas chez les anorexiques et les différences de comportements associés à chaque pathologie, le Dr Greppo explique que la principale différence entre anorexie mentale et boulimie se trouve dans la conscience du trouble et la souffrance que ressentent les personnes boulimiques. Ces dernières ont généralement l’impression de ne pas pouvoir s’en sortir. Elles souffrent à l’idée de perdre le contrôle, et ressentent beaucoup de culpabilité et de honte.

A contrario, chez les anorexiques, il y a dans un premier temps une certaine satisfaction, voire une grande fierté ressentie dans le contrôle de leur poids et leur amaigrissement.

Quelles sont les causes de la boulimie ?

Les causes de la boulimie sont multiples, complexes et difficiles à établir. Elles sont communes à tous les troubles du comportement alimentaire (TCA), comme l’anorexie mentale et l’hyperphagie boulimique. Elles peuvent être génétiques, neurobiologiques, psychologiques, familiales ou encore socioculturelles.

En effet, l’origine du trouble peut provenir de facteurs de vulnérabilité qui se transmettent génétiquement, comme l’impulsivité qui représente l’un des signes majeurs de la boulimie, ou une prédisposition aux addictions. Par ailleurs, il existe parfois un contexte familial, voire un contexte transgénérationnel et souvent un contexte traumatique personnel important.

Le Dr Greppo explique que ces maladies révèlent avant tout des difficultés de développement dans l’enfance, bien souvent dès les premiers mois de la vie. L’origine peut venir de problèmes liés à la construction de l’identité, à des formes d’insécurité, de dysfonctionnements dans les relations parent/enfant.

Chez les patients souffrant de boulimie, les relations familiales sont fréquemment dysharmonieuses. Des transmissions psychiques conscientes ou plus volontiers inconscientes, un traumatisme ou des vécus négatifs se distribuant imperceptiblement d’un parent à un enfant peuvent également entrer en jeu.

Très souvent, on retrouve un contexte traumatique personnel important, des traumatismes sexuels ou des violences d’un autre ordre. Ces troubles sont ensuite réactualisés et trouvent une acuité particulière au cours de l’adolescence, au moment où le corps se transforme.

On retrouve certains facteurs précipitants, tels que :

  • une période de stress intense ;
  • un syndrome dépressif ;
  • une maladie avec vomissements, qui va enclencher le processus ;
  • un régime restrictif ;
  • la perte d'un être cher…

Il existe par ailleurs une pression sociétale forte autour du corps des femmes. Dans les pays occidentaux, la minceur est devenue une valeur culturelle qui met une contrainte morale très importante sur les jeunes filles et les jeunes femmes, à qui l’on demande d’afficher une morphologie « parfaite ».

Quels sont les symptômes de la boulimie ?

La boulimie se caractérise par des symptômes et des comportements typiques, tels que :

  • des pulsions irrésistibles d’absorption d’aliments en grande quantité, sans contrôle (craving) et rapidement ;
  • des consommations d’aliments le plus souvent gras et sucrés, se trouvant à portée de main, pour « se remplir » sans notion de plaisir ;
  • des crises généralement en dehors des repas, en cachette, qui passent souvent inaperçues ;
  • une honte et de la culpabilité faisant place à un sentiment de dégoût ;
  • des vomissements provoqués volontairement pour éviter de prendre du poids et terminer le plus souvent la crise – la personne boulimique ressent ensuite un soulagement ;
  • une prise de laxatifs ou de diurétiques pour contrôler son poids ;
  • des périodes de jeûne ou une pratique du sport à outrance entre les crises afin de ne pas grossir ;
  • une conscience aiguë du trouble par la personne atteinte, dont découle une grande souffrance.

Critères de diagnostic

Le diagnostic de la boulimie repose sur l'association de plusieurs critères.

Les crises de boulimie

Il s’agit des épisodes récurrents d’hyperphagie incontrôlée qui se déroulent en peu de temps (moins de deux heures).

Un trouble de l’image du corps

Les boulimiques sont généralement préoccupés par la forme de leur corps et ont une peur excessive de prendre du poids.

Des comportements compensatoires

Ils ont recours à des stratégies de contrôle de leur poids (vomissements provoqués, prise de laxatifs, de diurétiques, médicaments coupe–faim, périodes de jeûne, exercices physiques excessifs).

La récurrence des crises

Pour poser le diagnostic de la boulimie, la fréquence des crises doit être au minimum d’une fois par semaine pendant au moins trois mois. Le Dr Greppo explique que ces crises peuvent aller bien plus loin et avoir lieu à toute heure du jour ou de la nuit, parfois jusqu’à 10 crises par jour dans les cas de boulimie les plus sévères.

Les troubles émotionnels

Chez les patients boulimiques, l’estime de soi est grandement affectée et la culpabilité est très forte. Ce sont généralement des personnalités volcaniques, qui n’arrivent pas à identifier leurs émotions et les transforment en sensations physiques. Pour poser le diagnostic d’une boulimie, le trouble ne doit pas survenir au cours d’une période d’anorexie mentale. Par ailleurs, il convient de noter que l’anorexie-boulimie est une évolution fréquente du trouble restrictif. De ce fait, on ne sera plus dans la boulimie exclusivement, mais dans un diagnostic plus large.

Les comorbidités

Pour poser son diagnostic, le professionnel de santé cherchera également les traits associés, comme des :

  • symptômes anxio-dépressifs ;
  • troubles addictifs (alcool, cannabis, cocaïne…) ;
  • troubles de la personnalité de type borderline (avec comportements autoagressifs, automutilations, tentatives de suicide) ;
  • troubles sexuels ;
  • règles irrégulières (dysménorrhée) ou absentes (aménorrhée).

Les complications de la boulimie

Les retentissements de la boulimie sont importants sur le plan psychique, mais aussi sur le plan biologique. En effet, les vomissements et l’utilisation excessive de laxatifs peuvent engendrer des complications graves comme l’hypokaliémie. À chaque vomissement, le taux de potassium dans le sang est de plus en plus faible, ce qui peut provoquer des troubles du rythme cardiaque, voire la mort.

Les crises de boulimie peuvent aussi se transformer en crises hydriques. Ces individus ingèrent une très grande quantité d’eau et se font vomir ensuite. Dans ce cas-là, ils risquent de développer une hyponatrémie, qui se caractérise par une perte importante de sodium et peut provoquer des dysfonctions cérébrales graves.

Les vomissements récurrents peuvent également entraîner une hypertrophie des glandes salivaires, des érosions dentaires et des œsophagites peptiques. Une insuffisance rénale fonctionnelle et des œdèmes peuvent en outre être associés aux vomissements.

Les patients se retrouvent généralement dans de mauvais états nutritionnels et souffrent parfois de dénutrition.

Quelle prise en charge pour la boulimie ?

Le Dr Greppo insiste sur l’importance du dépistage précoce de la boulimie pour éviter les risques d’évolution vers une forme chronique de la maladie et prévenir les complications physiques et psychiatriques.

La prise en charge médicamenteuse

Lorsque les angoisses sont trop fortes ou que des signes de dépression apparaissent, un traitement par antidépresseur est efficace dans la prise en charge des patients boulimiques. En cas de boulimie sévère, la prescription de fluoxétine (antidépresseur) à des doses élevées aide à prévenir les crises de boulimie et à les rendre moins fréquentes. Ce médicament est moins orexigène que d'autres.

Toutefois, ces traitements ne sont pas proposés en première intention. Le Dr Greppo précise que cela dépend beaucoup de l’âge du patient. Il est préférable d’éviter de donner des antidépresseurs ou des anxiolytiques à des patients trop jeunes.

Les psychothérapies

L’objectif de la psychothérapie va être de reconnaître, au-delà des aspects symptomatiques, la souffrance psychique du patient. Différentes psychothérapies sont envisageables.

La thérapie cognitivo-comportementale (TCC)

Le but de ce type de thérapie est de désamorcer les signes annonciateurs et les pensées négatives qui enclenchent les crises de boulimie.

La thérapie de soutien à orientation analytique

Cet accompagnement va permettre de s’intéresser à la construction de la personnalité et à la souffrance inconsciente de l’individu. Elle va apporter un soutien moral au patient, l’aider à évacuer son stress et ses angoisses et à mieux supporter ses symptômes.

L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing)

En cas de composante traumatique, la technique de l’EMDR va aider à débloquer les mémoires et les émotions négatives stockées dans le système nerveux, pour ensuite permettre au cerveau de retraiter l’expérience.

La thérapie familiale

Pour les adolescents et les jeunes adultes, il est essentiel d’impliquer la famille dans la prise en charge.

Le traitement de la boulimie en ambulatoire

Dans le traitement de la boulimie, il est important que la prise en charge se fasse de manière pluridisciplinaire. Elle doit être adaptée à chaque patient et à l’intensité de ses troubles. En ambulatoire, la prise en charge du patient sera coordonnée entre les différents intervenants et combinera plusieurs approches.

L’approche psychologique

Les objectifs du traitement psychologique sont de :

  • impliquer le patient dans son traitement multidisciplinaire ;
  • désamorcer les pensées dysfonctionnelles, les attitudes, les motivations qui enclenchent la boulimie ;
  • traiter les dysrégulations émotionnelles.

Dans la boulimie comme dans tous les troubles du comportement alimentaire (TCA), le risque de rechute est important. C’est pourquoi la psychothérapie doit se suivre de manière prolongée.

L’approche nutritionnelle

Le travail diététique et nutritionnel peut commencer par une phase de renutrition si besoin. Il est important de réapprendre ensuite au patient à s’alimenter de manière saine, régulière (matin, midi et soir), avec une alimentation diversifiée et suffisante.

L’approche psychocorporelle

Dans le traitement de la boulimie, la relaxation ou la sophrologie, par exemple, aident à réparer les souffrances, les traumatismes enfouis dans la mémoire corporelle, qui sont à l’origine du stress, des angoisses et des peurs.

Enfin, l'hospitalisation sera envisagée en cas de complications graves, telles qu’une tentative de suicide, un trouble psychiatrique sévère, un épisode majeur de boulimie ou des risques somatiques.

 

La Clinique Jouvence Nutrition à Dijon, la Clinique des Vallées à Annemasse et la Clinique de Vontes à Tours sont des établissements INICEA qui proposent des prises en charge des troubles du comportement alimentaire, en hospitalisation complète et/ou de jour. N’hésitez pas à les contacter pour avoir plus d’informations sur les prises en charge proposées.

 

Photo by Tess WB on Unsplash

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