Trouble panique

Evolution des conceptions

5 - Evolution des conceptions

Hier.

Étymologiquement, le mot panique dérive du grec « Panikos » (Πανικός), qui fait référence au dieu sylvien Pan. Dans la mythologie grecque, celui-ci était plutôt considéré comme effrayant et la notion de peur lui était donc intimement liée.

D’une part son aspect chimérique mi-homme mi-bouc qui lui valut d’être abandonné à la naissance par sa mère, pouvait susciter la peur chez ceux qui étaient censés le croiser et c’est aussi lui qui était responsable des bruits entendus au loin dans les montagnes et les forêts. On dit aussi que quiconque le réveillait provoquait en lui une colère extrême qui ne manquait pas de créer une grande frayeur chez le fautif. Mais il pouvait aussi, sans raison apparente et surtout pour s’amuser, apparaître brutalement auprès des humains qui s’étaient perdus dans les bois pour les terrifier. Il s’agit donc d’une figure allégorique de ce dieu qui « trouble les esprits » et qui provoque une frayeur sans fondement. 
Si la notion de panique est restée longtemps liée à des phénomènes collectifs, c’est encore à Pan qu’on le doit. En effet, Pan est parfois assimilé au dieu des foules du fait de son aptitude à faire perde leur discernement aux humains lorsqu’ils étaient pris de panique. Plusieurs récits relatent des batailles où les ennemis des grecques avaient pris la fuite, effrayés et paniquées par un « grand bruit » qui serait le fait de Pan, ce dernier agissant en échange d’un culte à sa personne. 
Rabelais parle aussi de Peur Panice dans Gargantua en 1534 pour désigner une peur intense, irrationnelle pouvant toucher les individus ou un groupe. Le terme sera introduit en anglais en 1603 (Panick qui deviendra Panic) alors que l’adoption en Allemand sera plus tardive au 18 eme siècle (Panisch).

On retrouve en Français des mots dérivés de panique tels que Paniquard pour désigner celui qui se laisse facilement envahir par la panique et Paniquer qui reflète l’action de prendre peur jusqu’à en perdre ses moyens .
L’acceptation par la communauté psychiatrique du terme attaque de panique est plus récente puisque c’est dans la troisième édition du DSM qu’une première définition est proposée. Auparavant, c’est la notion de crise d’angoisse aiguë qui prévaut. Le terme angoisse provient du latin angustia qui signifie « étroit » ou « resserrement », lui-même dérivé de ango (angere à l’infinitif) qui peut être traduit par « serrer » mais aussi « étreindre ou suffoquer ». Ces termes dérivés sont utilisés au niveau médical et décrivaient initialement des symptômes plutôt physiques que psychiques : l’angine et sa gêne au niveau des amygdales, l’angor (angine de poitrine) avec ses douleurs thoraciques et depuis moins longtemps l’angoisse psychique . 

Notons qu’en français, on utilise donc deux mots issus de la même racine grecque:  angoisse (ango puis anguista) et anxiété (anxio puis anxietas), alors qu’en allemand il n’existe que le terme angst  (de angustia ) , enfin , en anglais c’est anxiety (de anxietas) qui est dans le langage courant alors que le mot anguish (de angustia) n’est pas référencé en psychologie.
Brissaud en 1902 a donc proposé une dichotomie entre l’anxiété, qu’il rattachait à des mécanismes plus cognitifs liés au soucis se traduisant par une sensation psychologique intense associé à la peur d’une catastrophe imminente et l’angoisse, phénomène purement marqué par les signes somatiques, sans éléments psychologiques associés . Cette position a été reprise par Levy Valensi dans les années dans son manuel posthume de 1948  et dans de nombreuse langues romanes, on retrouve l’opposition de termes dérives de ango et anxio 
Comme le soulignait P Pichot cette classification était discutable et elle est maintenant en partie abandonnée car le mot ango était interprétable à la fois comme un phénomène physique ( la constriction) , mais aussi psychique (tourment) de part la conséquence de l’action précédente . En d’autres termes dans une logique hippocratique, le corps et l’esprit sont irrémédiablement liés et donc toute action sur l’un à un effet sur l’autre, et réciproquement. Ceci explique probablement pourquoi ces termes couvraient ces deux dimensions et n’avaient pas nécessairement besoin d’être explicités: la maladie du fait de son expression physique provoquait un désespoir intense chez le patient qui prenait alors conscience de son état. 

A l’opposé, Littré dans son dictionnaire de médecine adopte un positionnement hiérarchique puisqu’il considère qu’il existe trois degré d’un même état. Il place alors sur un continuum d’intensité l’inquiétude (douleurs vagues, surtout aux jambes, qui donnent de l’agitation et de l’impatience) puis l’anxiété (état de trouble et d’agitation avec sentiment de gêne et de resserrement à la région précordiale) puis sa forme extrême , l’angoisse (sentiment de resserrement à la région épigastrique accompagnée d’une grande difficulté à respirer et d’une tristesse excessive) . Il s’agit cependant encore d’une conception très somatique, puisque ne sont pas abordées les conséquences psychiques de ses troubles. 
Freud en 1895, alors qu’il travaille sur la neurasthénie, va isoler une entité qu’il va nommer  la névrose d’angoisse. Il la décrit comme évoluant dans le cadre d’une « excitabilité générale » et étant constituée par l’association d’un état plutôt permanent d’anxiété assimilable à une attente anxieuse pouvant se rattacher à n’importe quelle situation ou objet  et d’attaques de paniques. Le DSM I parle de troubles psychonévrotiques au sein desquels on trouve la réaction psychonévrotique anxieuse, lorsque les manifestations cliniques étaient diffuses et sans facteur déclenchant spécifique. C’est celle qui semble être la plus proche de l’attaque de panique contemporaine.  Dans le DSM-II, les troubles psychonévrotiques sont désormais appelés névroses (neuroses en anglais), avec encore une place prépondérante pour l’anxiété. La névrose anxieuse (ou d’angoisse) était donc caractérisée par des préoccupations anxieuse excessives pouvant aller jusqu’à la panique et être accompagné de symptômes neurovégétatifs et somatique.

Pichot P ,The Semantics of Anxiety Hum. Psychopharmacol. Clin. Exp. 14, S22±S28 (1999)
Crocq MA. A history of anxiety: from Hippocrates to DSM. Dialogues Clin Neurosci. 2015 Sep;17(3):319-25.
American Psychiatric Association Mental Hospital Service.
Diagnostic and Statistical Manual. Mental Disorders. Washington, DC: American Psychiatric Associaton; 1952:31ff.
American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. 2nd ed. Washington, DC: American Psychiatric Association; 1968:39ff.

 

Aujourd'hui et demain.

La Stimulation Magnétique Transcrânienne répétée (SMTr ou rTMS en anglais) est une technique utilisée en psychiatrie, notamment dans le traitement de la dépression. Elle repose sur le principe de Faraday (un courant électrique dans une bobine de fil crée un champ magnétique) qui permet d’obtenir  une dépolarisation cellulaire ciblée, magnétiquement induite.  En pratique, la SMTr consiste à soumettre le sujet à un champ magnétique focalisé sur une région de la surface cérébrale (le cortex) par l’application d’une bobine au contact du cuir chevelu, qui se transforme en courant électrique focal. Dans le traitement des troubles anxieux la zone ciblée est actuellement le cortex dorsolatéral pré-frontal droit en basse fréquence (1 Hz), mais la revue cochrane de 2014, concluait que les données disponibles étaient insuffisantes pour statuer sur l’efficacité des rTMS dans cette indication, même si les résultats contre placebo étaient en faveur des rTMS actives. Ils recommandent donc d’effectuer d'autres essais avec des échantillons de plus grande taille et une méthodologie plus contrôlée. Une étude récente, utilisant un protocole haute fréquence sur le cortex préfrontal dorsolatéral gauche  a montré une efficacité en cas de dépression associée.

Des nouvelles pistes pharmacologiques ont été explorées, en particulier pour développer des molécules agissant sur l’axe du stress ( modulation des récepteurs aux glucocorticoïdes, neuropeptide Y, système des récepteurs à la Cholécystokinine ), Ces nouvelles approches n’ont pas permis à ce jour de produire des  thérapeutiques efficaces. 

Le concept de « phénotype digital » décrit pour la première fois par Sachin Jain dans un article de la revue nature en 2015, repose sur la possibilité de caractériser la « signature digitale d’une pathologie » qui repose sur le recueil en temps réel des données du comportement humain et des marqueurs de leur fonctionnement avec des outils tels que le smartphone. A l’aide des nombreuses de nombreuses technologies qu’il comprend, tel que le GPS, l’accéléromètre ou les informations issues de capteurs périphériques il est possible de traiter informatiquement ces données . Couplés à des algorithmes d’intelligence artificiels ont peut même prédire des rechutes dans certaines pathologies. Aujourd’hui des équipes travaillent dans de nombreuses directions afin d’explorer des moyens d’évaluation, de prévention et de traitement des troubles. Le troubles anxieux, dont le trouble panique sont des pathologies d’intérêt. 

Parmi les nouvelles technologies, l’utilisation de la réalité virtuelle comme instrument thérapeutique s’avère prometteuse dans le cadre du trouble panique. Des environnements ont été crées pour simuler les perceptions dites intéroceptives (modifications physiologiques au niveau des organes que le système nerveux central va analyser) qui sont présentes dans les attaques de panique: reproduction sonore de la tachycardie et d’une respiration forte ou saccadée, ainsi que des effets visuels, tels que la vision floue, la double vision et l’effet tunnel (réduction du champs de vision).Comme nous l’avons vu, ils sont interprétés par le cerveau comme une alerte d’un danger et déclenchent des attaques de panique. En exposant progressivement le patient dans un environnement virtuel contrôlé et en l’aidant à mieux interpréter ces phénomènes , on note une amélioration clinique. Pour l’agoraphobie qui peut être associée au trouble, des environnement spécifiques sont crées et vont être paramétrés progressivement pour désensibiliser les sujets par exposition contrôlée.