Attaque de panique

Les troubles dépressifs et de l'humeur

Les attaques de panique sont définies comme étant des périodes soudaines de peur intense qui s’accompagnent de signes physiques et psychiques avec un sentiment de danger imminent. L’acmé est rapide, souvent en quelques minutes et la crise peut durer de quelques minutes à plusieurs heures. La survenue des crises est par essence imprévisible. Elles sont « transnosographiques », c’est à dire qu’on peut les observer dans de nombreuses conditions. 

1. Comprendre le trouble

Les attaques de panique peuvent se produire dans des pathologies anxieuses (trouble anxieux généralisé, phobie sociale , trouble de stress post-traumatique, mais surtout dans le trouble panique), dans la dépression, sous l’effet de certaines drogues psychoactives et enfin, elles peuvent être une manifestation de certaines pathologies médicales. Dans le langage courant, elle est appelée crise d’angoisse et parfois crise de spasmophilie.

L’épidémiologie fine de la survenue d’attaque de panique (AP) est compliquée à établir pour différents motifs, car toutes les AP ne mènent pas à une consultation et échappent en grand nombre à toute forme de recueil. Les outils d’évaluation ainsi que les conditions des études peuvent varier de façon importante entre les pays.

Enfin, concernant les phénomènes anxieux, il est souvent difficile de distinguer ce qui relève du normal ou du pathologique, car il ne faut pas oublier que l’anxiété peut être aussi un processus adaptatif et donc jugé comme tel. On évalue que sur année jusqu’à 3 % de la population européenne présentera une AP .La prévalence chez les sujets jeunes est estimée à 1 %. Les grandes études aux  USA retrouvent une prévalence vie entière de 28 % (au moins une attaque de panique) , dont 23 % sans jamais remplir les critères de trouble panique. Le sexe ratio est déséquilibré avec presque deux fois plus de femmes que d’hommes. La distribution à travers les âges montre que pour les extrêmes leur survenue est plus rare et alors que le début à la puberté est fréquent, on les observe surtout entre 15 et 45 ans. 

Epidémiologie attaque de panique

Les symptômes.

C’est dans le DSM III que la notion d’attaque de panique prend forme. Elle y est définie comme une période « bien délimitée », associée à la survenue soudaine d’une « appréhension intense, d’une peur ou d’une terreur » qui peut être associée à des sensations « de catastrophe imminente ». On va observer aussi des signes physiques .La définition spécifie que les symptômes devront avoir atteint leur acmé en moins de 10 minutes et qu’ils doivent être au nombre minimum de quatre parmi treize possibles.

Critères diagnostic d'une attaque de panique

On peut observer des symptômes témoignant de l’hyper activité du système neurovégétatif : palpitation/tachycardie, transpiration, tremblements ou secousses musculaires, souffle coupée ou sensation d’étouffement, sensation d’étranglement, nausées ou gêne abdominale , sensation de vertige , d’instabilité et de tête vide ou d’évanouissement, paresthésies ou picotements, frissons ou bouffées de chaleur.

On note aussi la présence potentielle de signes psychiques tels que la peur de devenir fou , la peur de mourir ou la peur de perdre le contrôle de soi. Enfin il peut exister une déréalisation (sentiment d’irréalité) , de dépersonnalisation (détachement de soi).

Si l’on prend en compte une notion de fréquence des crises, alors on parlait de trouble panique dont on distingue une forme avec agoraphobie et une autre sans agoraphobie.

Dans le DSM III, les auteurs ont séparé trois types d’attaques de panique :

Premièrement, les attaques de panique dites inattendues où le sujet ne va pas associer la survenue de l’attaque à une facteur déclenchant qu’il soit interne ou externe. 

Deuxièmement, les attaques de panique induites ou situationnelles qui se manifestent quasi de manière invariable lors de l’exposition à une situation spécifique dite déclenchante ou alors dans l’anticipation de la situation (par exemple quand un phobique social doit parler en publique) .Les attaques inattendues évoluent assez fréquemment vers des attaques situationnelles, car le sujet va associer leur survenue à un lieu ou un événement.

Enfin en dernier, les attaques de panique qui sont aussi favorisées par des situations spécifiques dites prédisposées, mais qui à la différence des précédentes ne se manifestent pas de manière invariable et immédiate après exposition. Si la première catégorie était considérée comme assez spécifique du trouble panique, les deux autres peuvent se retrouver dans d’autres troubles anxieux (phobies simples, trouble anxieux généralisé, trouble de stress post traumatique).

 

Aujourd’hui , dans le DSM 5, les trois sous types des anciennes versions sont désormais limitées à deux catégories : « attendues » et « inattendues ».

Les versions ultérieures (DSM III-R et DSM IV et DSM5) ne verront donc pas de d’évolution majeure de leur définition (nombre et contenu des items similaire). Le DSM 5, va désormais considérer que l’attaque de panique n’est pas un trouble mental et ne peut être codé en tant que tel ,car il n’est pas spécifique d’un trouble en particulier il doit être reconnu comme une « spécification » pour les troubles anxieux au sein desquels il peut être observé , c’est à dire une caractéristique supplémentaire présente ou non . De même , il considère qu’une attaque de panique peut être la conséquence de la prise de toxiques ou être une manifestation clinique d’une maladie organique . Le DSM 5 rappelle que dans certaines cultures des symptômes physiques peuvent être observés (douleurs, pleurs incontrôlés) mais qu’ils ne peuvent pas compter pour un critère.

Critères du DSM5 d’une Attaque de Panique

Une montée brusque de crainte ou de malaise intenses,qui atteint son acmé en quelques minutes avec la survenue de quatre (ou plus) des symptômes suivants :

 

  1. Palpitations, battement de coeur ou accélération du rythme cardiaque.
  2. Transpiration.
  3. Tremblements ou secousses musculaires.
  4. Sensations de « souffle coupé » ou impression d’étouffement.
  5. Sensation d’étranglement.
  6. Douleur ou gêne thoracique.
  7. Nausée ou gêne abdominale.
  8. Sensation de vertige, d’instabilité, de tête vide ou impression d’évanouissement.
  9. Frissons ou bouffées de chaleur.
  10. Paresthésies « sensations d’engourdissement ou de picotements »
  11. Déréalisation « sentiment d’irréalité » ou dépersonnalisation « être détaché de soi ».
  12. Peur de perdre le contrôle ou de devenir fou.
  13. Peur de mourir.

 


American Psychiatric Association. (1980). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (3rd ed.). Arlington, VA: Author.

DSM-IV-TR, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, texte révisé . (ISBN 2-294-00663-1).
Elsevier Masson, Paris 2003. 1002 pages

American Psychiatric Association: Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. 5th ed. Arlington,
VA: American Psychiatric Association; 2013

Diagnostic différentiel des attaques de panique.

Il existe de nombreuses étiologies organiques dont certaines correspondent à des urgences médicales, pouvant s’accompagner d’attaques de panique ou de signes somatiques de celles-ci...

C’est pour cela que toute attaque de panique vue en consultation ou aux urgences doit être soigneusement examinée et être accompagnée d’un bilan biologique permettant d’éliminer ces causes.

  • Les pathologies cardiaques qui s’accompagnent de douleurs rétrosternales et de troubles du rythme doivent être éliminées : L’angor instable ou non, l’arythmie, la rupture du pilier de la valve mitrale, l’infarctus du myocarde, les poussées hypertensives sont donc à rechercher.
  • Les pathologies pulmonaires qui présentent aussi des dyspnées ou gènes respiratoires, une hyperventilation ou des douleurs ; on recherchera une embolie pulmonaire, un asthme, une bronchopneumopathie obstructive.
  • Les pathologies de la sphère ORL, surtout devant des vertiges, suffocation ou une sécheresse des muqueuses : les pathologies de l’oreille interne, les pathologies des voies aériennes hautes tumorales ou infectieuses
  • Les pathologies endocriniennes : hypo ou hyperthyroïdie, thyréotoxicose, maladie de Cushing, hypoglycémie et diabète, hypoparathyroïdie.
  • Les pathologies neurologiques, surtout en cas de présence de paresthésies, vertiges, modification du niveau de conscience : migraines, accident vasculaire cérébral (ischémique transitoire++), épilepsie partielle, sclérose en plaque.
  • Les pathologies gynécologiques hormonales dont les signes physiques sont des bouffées de chaleur ou une hypersudation.
  • Les pathologies gastro-enterologiques dont les signes sont des nausées, douleurs ou gène abdominale ou les diarrhées. Il faut éliminer un fécalome.

Les causes toxiques doivent être recherchées.

L’utilisation de psychostimulants (amphétamines ou cocaïne), les agents hallucinogènes et psychodysleptiques (LSD, Psilocybine, Ayahuasca), l’alcool. Le sevrage de certaines de ces molécules peut s’accompagner de signes neurovégétatifs et anxieux (opiacés, alcool, benzodiazépines).

Des médicaments tels que la prise de corticoïdes ou d’hormones thyroïdiennes, les sympathomimétiques, l’aminophylline.