La dépression

Comprendre le trouble

Le terme de dépression est très fréquemment utilisé dans le langage courant. Que ce soit pour évoquer un état d’âme passager, pour parler d’une baisse du cours de la bourse ou encore pour décrire une météo maussade.

1. Comprendre le trouble

Chacun d’entre nous possède une façon « d’être au monde », une humeur de base qui dépend de notre personnalité. On dira ainsi d’untel qu’il est optimiste Cette humeur varie en fonction des événements de la vie, de leur intensité, de leur perception. L’humeur contribue ainsi selon l’éprouvé des situations à la palette normale des émotions agréables, neutres ou désagréables qui colorent nos états d’âmes. La déprime commune, passagère n’est pas la dépression. 

Epidémiologie épisode dépressif

Les symptômes.

La dépression est une baisse progressive et extrême de l’humeur, vers le désintérêt, la perte de plaisir, le pessimisme, les idées mortifères aggravées par le ralentissement intellectuel et physique. La dépression échappe au contrôle du sujet. Elle est souffrance de soi et de son entourage. Il s’agit d’une perte de l’élan vital en rupture du sujet avec lui-même, avec autrui, avec le monde. Elle est fréquente et ses expressions sont diverses ( cf tableau 1). Les signes dépressifs s’installent le plus souvent progressivement en 2 à 3 semaines avec une fluctuation possible des symptômes au cours du temps. La durée moyenne spontanée d’un accès dépressif varie traditionnellement de 6 à 12 mois. Compte tenu de la douleur psychologique, du retentissement personnel, familial, professionnel et cérébral de la maladie, il est inenvisageable d’attendre que “cela passe” naturellement. L’instauration d’un traitement adapté permet de raccourcir ce délai et de prévenir d’éventuelles rechutes et/ou récidives dépressives.

Les dimensions dépressives. 

Rupture avec le fonctionnement antérieur
Durée des symptômes ≥ 2 semaines

 

Humeur dépressive :

  • tristesse, douleur morale
  • perte du plaisir, anesthésie affective
  • vision pessimiste de soi et de l’avenir, dévalorisation
  • + Idée suicidaire
  • + Anxiété

Ralentissement psychomoteur :

  • hypomimie, rareté des mouvements voire catatonie
  • ralentissement de la pensée, perte de l’initiative
  • trouble de l’attention, de la concentration, de la mémoire

Signes somatiques associés :

  • asthénie (fatigue)
  • troubles du sommeil : insomnie (difficultés d’endormissement et/ou réveil précoces);
  • hypersomnie (plus rare, 10%)
  • perte de l’appétit voire anorexie
  • hyperphagie (plus rare 10%)
  • baisse de la libido
  • autres : inconfort physique, constipation, douleurs…

    L'humeur dépressive : est généralement un sentiment mal explicable, de tristesse profonde, d'abattement, de désespoir, de découragement, qui par son intensité émotionnelle et sa constance tranche avec le vécu habituel. La personne déprimée n'est plus capable de ressentir du plaisir dans les activités ou les situations habituellement agréables : c'est l'anhédonie dépressive. Cette perte d’éprouvé ou anesthésie affective a quelque chose de très angoissant et de culpabilisant. Parfois au contraire s'observe une hyperesthésie douloureuse avec une hypersensibilité maladive désagréments simples de la vie. L'humeur dépressive fluctue dans le temps, parfois brutalement, très évocatrice lorsqu'elle prédomine le matin, au réveil, pour s'atténuer provisoirement au cours de la journée.

    Le ralentissement psychomoteur : la personne déprimée est généralement globalement ralentie, éteinte, sans élan vital. Le mouvement est moindre et laborieux. Tout chez la personne dépressive parait lent, dénué de vivacité. La mimique est pauvre parfois crispée. La marche est lente, trainante. La gestuelle est réduite, la stature tend à se ployer, les épaules et le dos sont voûtés, les gestes sont rares. Le sujet répond aux questions, mais avec inertie, après avoir été relancé plusieurs fois. Il lui faut du temps pour réfléchir. L’expression s’effectue par phrases courtes, sur lesquelles il ne s'étend pas, d'une voix monocorde, volontiers affaiblie. La capacité de concentration est réduite. La lecture demande un effort et la mémorisation est restreinte. La pensée a perdu de sa flexibilité, de sa fluidité habituelle. Cette lenteur devient douloureuse lorsque la personne à un sentiment d'étirement interminable du temps qui passe

    Le corps déprimé : les signes physiques. Le déprimé se sent mal dans un corps devenu pesant, faible, incertain et douloureux.

    L'asthénie ou fatigue anormale constitue l'un de symptômes généraux les plus réguliers de la dépression. Elle est inexpliquée, se caractérise par sa très nette aggravation à l'effort, particulièrement lors d'efforts psychologiques en rapport avec des actes sociaux. Elle peut aller jusqu’à l'épuisement.

    Le sommeil est presque constamment perturbé. L’insomnie est fréquente mais l’hypersomnie est possible (10% des cas). La qualité du sommeil est toujours perturbée, le sommeil est non récupérateur.

    L'insomnie est variable :

    • lors de l'endormissement, accompagnée de tension psychologique lors que la personne est envahie par ses préoccupations
    • en milieu de nuit, avec réveils nocturnes et ré endormissements difficiles
    • avec réveils matinaux précoces, en avance sur le rythme d'éveil habituel du sujet. Les réveils sont alors typiquement très douloureux, plongeant d'emblée le déprimé sujet épuisé par le manque de sommeil dans d'intenses ruminations morbides, bien souvent suicidaires.

    Les perturbations de l'appétit : le plus courante est l'anorexie. Lorsqu'elle est importante, dépassant le simple désintérêt alimentaire, elle s'accompagne d'une perte de poids significative. Une hyperphagie est possible (plus rare), avec crises boulimiques qui apaisent pour une courte durée ruminations anxieuses.

    Troubles sexuels : la baisse de l'énergie sexuelle et de la libido, sont habituels, source fréquente, mais peu avouée, d'un regain de culpabilité à l'égard du partenaire.

    Troubles digestifs : les sensations diverses de lenteur digestive, de ballonnements voire de constipation opiniâtre sont fréquentes. Nausées, dysphagie et diarrhée accompagnent plutôt les niveaux élevés de tension anxieuse.

    Troubles urinaires : une sensation d’impériosité, le besoin d’uriner fréquemment, des brûlures à la miction sont parfois présents augmentant l’inconfort général

    Troubles cardio-vasculaires : tous les signes d'hyperactivité autonome, sont possibles : Hypertension, tachycardie, bouffées vaso-motrices avec rougeur du visage

    Troubles neuro-musculaires : douleurs, fatigabilité musculaire, maux de têtes

    L'anxiété : tout état dépressif s’accompagne à des degrés divers d'une anxiété généralisée faite de tension nerveuse, de secousses musculaires, de tressautements, d’une gêne respiratoire, de palpitations, d’une sécheresse de la bouche, de nausées etc…

    Les critères diagnostics

    Les classifications internationales de référence sont la CIM-10 de l’Organisation Mondiale de la Santé et le DSM-5. Ces classifications se veulent athéorique et avaient initialement des fins exclusivement de recherches. Elles sont de plus en plus utilisées en pratique clinique.

    Les symptômes d’un épisode dépressif caractérisé doivent :

    • être présents durant une période d’au moins de 2 semaines presque tous les jours,
    • avoir représenté un changement par rapport au fonctionnement antérieur. Ce changement peut être familial, social et/ou professionnel,
    • induire une détresse significative.
       

    Les critères d’un épisode dépressif caractérisé du DSM 5

    La personne doit présenter moins 1 des 2 symptômes principaux :

    • Une humeur dépressive
    • Et/ ou perte d’intérêt ou de plaisir

    Ces symptômes principaux sont associés à au moins 3 des autres symptômes parmi les suivant :

    • Perte ou gain de poids significatif
    • Insomnie ou hypersomnie
    • Agitation ou ralentissement psychomoteur
    • Fatigue ou perte d’énergie
    • Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive ou inappropriée
    • Diminution de l’aptitude à penser ou à se concentrer ou indécision
    • Pensées de mort récurrentes, idées suicidaires récurrentes sans plan précis ou tentative de suicide ou plan précis

    Ces symptômes induisent une souffrance cliniquement significative. Ils ne sont pas imputables aux effets physiologiques directs d'une substance ou d'une affection médicale générale.